Di$play_Body (2018)

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Texte par — Jean-Michel Quirion

L’exposition Di$play_Body présente une suite logique des recherches entamées en 2014 par l’artiste montréalaise Dominique Sirois, portant parallèlement sur l’art et l’économie. En résonance aux diverses variantes d’Indice éternité (2016-2017) et Mimesis Trinity (2014-2017), la thématique de la finance est de nouveau centralisée au moyen de combinaisons d’affects qui exacerbent conceptuellement et formellement les tendances répandues de cupidité pour quelconque être avare obsédé par la richesse. Ainsi, au moyen de propositions annonciatrices d’éventuelles cessations utopiques, de rétentions économiques ou de spéculations mythiques, la dimension financière se décline en deux différentes figures, sortes d’allégories. Ces deux représentations, prolongations des manifestations antérieures, proposent des attitudes opposées à l’égard de l’argent, entre rétention et donation, privation et permission. Les figures constituées de moulages et d’assemblages, propres à l’iconographie de Sirois, sont intrigantes et effarantes tout à la fois. À l’exploration pratique de la céramique s’entremêle une surenchère de pistes tant théoriques qu’anecdotiques.

D’une part, la figure de l’avare précédemment explorée se retrouve intensifiée par l’entremise des traits d’une femme d’affaires, ressemblant à ceux de la controversée Martha Stewart, accusée de délit d’initié en 2004 et emprisonnée la même année. Disposé sur un dispositif carrelé, le corps biomorphique de celle-ci est démantelé en une travée de formes somatiques et anatomiques. La composition inerte provoque une tension ; elle semble immuable — mi-naturelle et mi-artificielle —, voire transhumaniste.

D’autre part, la figure mythologique de Danaé est convoquée. Ce mythe grec relate le confinement de Danaé par son père, Acrisios, qui veut contrecarrer un oracle lui prédisant que sa descendance le tuerait. Isolée dans une tour, elle est néanmoins fécondée par Zeus qui a pris la forme d’une pluie d’or. Sirois s’approprie cette dispute chimérique en une représentation d’abondance salvatrice : un déluge de pièces de monnaie. Elle rattache analogiquement le corps dénudé de Danaé aux nus de l’histoire de l’art et des publicités, réactualisant ainsi la figure de Danaé peinte dans au moins six versions dans la série de Titien (entre 1544 et 1560) dans l’optique actuelle de la mode avec les publicités de haute couture, notamment celles de Versace. Le corps devient un support humain — un dispositif — aux objets luxueux.

Transposés dans un espace installatif, immersif et de surcroît décoratif, les agencements suggèrent un déplacement métonymique. Le paradigme de l’art pour l’art, parfois assimilé à la décoration, est alors mis en analogie avec celui de l’argent pour l’argent. L’exposition s’appréhende comme un tout. Dès lors, le visiteur est invité à déambuler dans ce tout, digne d’un magazine de décoration intérieure, ponctué de pièces disposées de façon symétrique et à l’esthétique idéelle ou formelle par des éléments éthérés et du mobilier atypique en tuiles. Des pièces de textiles cuirassés contrastent avec un pan de tissu ornemental transparent sur lequel est imprimée la traditionnelle chemise blanche, toutefois disloquée — bigarrée —, du businessman.

Di$play_Body de Dominique Sirois instaure de nouvelles associations formelles et conceptuelles de l’avarice, la fabrication d’une cupidité fictive et décorative ; une allégorie de l’argent par des corps convertis en des dispositifs allusifs.

ENG

Di$play_Body presents a continuation of the research of Montreal-based artist Dominique Sirois, who has focused on art and economics in her work since 2014. In resonance with the various iterations of Eternity Index (2016-17) and Mimesis Trinity (2014-17), the theme of finance is once again centralized through a combination of affects that conceptually and formally exacerbate the prevailing trends of greed for any miser obsessed with economy. Thus, through possible utopian cessations, economic retentions or mythical speculations, Sirois presents the financial dimension divided into two different allegorical figures. These two representations, or rather, these extensions of financial manifestations, propose opposing attitudes towards money: one that is between retention and donation, or deprivation and permission. Figures made of casts and assemblages, specific to Sirois’ iconography, are intriguing, and at the same time, frightening. The practical exploration of ceramics is therefore intertwined in a bidding of both theoretical and anecdotal tracks.

In the first figure, the traits of the previously mentioned miser are intensified through the features of a businesswoman, not far from those of the controversial Martha Stewart, who was accused of insider trading in 2004 and imprisoned that same year. Arranged on a tiled device, the biomorphic body of the latter is dismantled into a somatic and anatomical span. This inert composition presents organic tension; it seems immutable half natural and half artificial even transhumanistic.


In the second figure, the mythological figure of Danaë is summoned. According to the age-old Greek myth, Acrisius confines his daughter Danaë to a tower when an oracle predicts that his descendants would kill him. Interestingly, the tower to which Danaë is confined is nonetheless showered with gold sent from Zeus. Sirois appropriates this chimerical dispute in a representation of abundant salvation: a flood of coins. The bare body of Danaë is analogically linked to the nudes of art history, and, the Danaë figure painted in a series by Titian (between 1544 and 1560) is seen updated in the current perspectives of fashion and high fashion commercials, including those of Versace. The body thus becomes a human support a device for luxurious objects.

Transposed in an immersive and decorative installation space, the arrangements suggest a metonymic displacement. The paradigm of art for art, at times associated with decoration, is correlated to that of money for money, and as such should the exhibition be apprehended. In this installation, the visitor is invited to experience an assembled interior worthy of a decor magazine; one punctuated with symmetrically arranged pieces, ethereal elements and atypical furniture made with tiles. Armored textile pieces are contrasted with transparent ornamental fabric upon which is printed the traditional white shirt of the businessman, however dislocated even jumbled it might be.

Di$play_Body by Dominique Sirois introduces new formal and conceptual associations of greed, linking the fictional to the decorative in an allegory for money.