Mémoires éteintes III (2017)

← Back to the Portfolio

En collaboration avec Grégory Chatonsky

Exposition Dead Web, commissaire : Nathalie Bachand

Tout a commencé en mai 2015, lorsque j’ai vu passer sur lemonde.fr un article[1] qui postulait la possibilité d’un effondrement du World Wide Web. Bien que cet événement soit hautement hypothétique, plusieurs articles ont été écrits sur le sujet, en réaction à un symposium scientifique organisé par la Royal Society sur la ‘Capacity Crunch’ d’Internet. Dans un contexte où le réseau pourrait s’effondrer avant même la fin de son adulescence – en 2023, Internet tel que nous le connaissons aura à peine plus de 25 ans –, on peut tenter de figurer la chute et une forme d’après-monde du Web : Carcasses vides de serveurs Google; mers de déchets électroniques; l’eau qui bientôt commence à manquer; des écrans qui ne renvoient plus qu’un vide numérique; des humains qui perdent contact avec la réalité.
Quelle forme l’expression, à la fois dématérialisées et délocalisées, du pouvoir – économique assurément, puis par défaut politique – prendrait-elle si la machine se trouvait débranchée? Mais aussi, qu’est-il possible de faire ou de dire en attendant? Comment occupe-t-on – ou pas – un temps et un espace dit de sursit? Un espace temps désormais partagé entre les réalités numériques et physiques. Dans le sillage de ces réflexions, j’ai souhaité rassembler des propositions artistiques qui rencontrent une résonance autour de ces questionnements. L’installation Infinitisme.com Forever A Prototype de Frédérique Laliberté propose un Internet « artisanal » qui fabrique de l’infini à partir d’un nombre fini de données – telle une entreprise désespérée de reconstituer un Internet désormais disparu.
Grégory Chatonsky et Dominique Sirois présente une nouvelle itération de l’installation Mémoires éteintes, où l’on suggère la fin – et surtout la découverte, au sens archéologique du terme –, d’un monde tel que nous l’avons connu via l’exhumation de serveurs Internet encore lisibles.
BPM 37093 de Julie Tremble est une courte animation 3D où se rencontrent les notions de mort, de temporalité et d’image de synthèse comme représentation du monde. Seul tableau parmi cet ensemble d’œuvres, Memento Vastum de Julien Boily semble poser cette question : Internet n’est-il pas le plus grand véhicule des vanités? Enfin, Projet EVA – duo formé de Simon Laroche et Etienne Grenier – propose avec L’objet de l’Internet, un dispositif-mausolée où le visiteur fera l’expérience d’une forme de fiction dystopique post-humaine / post-web.