Kobold pour cobalt, 2022 dans DATAffects à la galerie de l’UQAM, Montréal.
Grès émaillé, perles en verre, impressions couleur sur tissu, toile de bazin en coton, bâche de
plastique, sable de quartz, socles en MDF et merisier L’artiste remercie l’Atelier Clark. Commissariat et texte : Nathalie Bachand

Kobold pour cobalt remonte vers le cœur de l’objet technologique, c’est-à-dire jusqu’aux mines
de cobalt, un élément chimique abondamment utilisé dans la fabrication des piles de nos outils
de communication. Cette exploration géopolitique du dispositif technologique prend la forme
d’un relai entre la réalité minière et l’imaginaire qui s’y trouve lié. Étymologiquement, le mot
cobalt est un dérivé de kobold. Dans les récits de folklore minier germanique, les kobolds sont
des nains malicieux pillant les minerais de cuivre et d’argent, et laissant derrière eux des résidus
inutilisables à l’époque, alors qualifiés de kobolt ou kobalt. Aujourd’hui, le cobalt est l’un des
matériaux clés de nos technologies numériques. C’est aussi, historiquement, l’un des pigments
les plus utilisés dans la réalisation de glaçures en céramique. Et comme bien d’autres
ressources naturelles, il se trouve valorisé à travers un labeur d’exploitation qu’il convient
d’interroger.

L’installation pose un regard sur cette réalité d’une économie souterraine, souvent occultée par
le paravent opaque d’un certain techno-enthousiasme. Se dévoilant par plans, l’œuvre se
présente comme une progression vers différents niveaux de lecture et de perception de l’objet
technologique. De la séduction commerciale, la surface lisse de l’écran ; à l’interface connectée
cachant ses entrailles, pour lesquelles celles de la terre sont fouillées à l’aide d’un capital
d’effectif humain ; vers une forme d’aura mythique, de green screen ontologique où se croisent
culture païenne et culture technologique – cette dernière relevant désormais plus du culte et
de la croyance. Ce sont des affects exacerbés qui nous lient à ces objets : une sensation
d’omniconnexion sans laquelle notre rapport au monde nous semble aujourd’hui incomplet.

ENG

Kobold pour cobalt, 2022 in DATAffects at galerie de l’UQAM, Montreal.
Enamelled stoneware, glass beads, colour prints on cotton basin fabric, plastic sheeting, quartz
sand, plywood, and cherry wood stands. The artist thanks Atelier Clark. Curating and essai by Nathalie Bachand

Kobold pour cobalt goes back to the core of the technological object, to the cobalt mines that
provide a chemical element widely used in the manufacture of the batteries which power our
communication tools. This geopolitical exploration of the technological device takes the form of
a bridge between the reality of mining and the imagery connected with it. Etymologically the
word cobalt derives from kobold. In German mining folklore, kobolds were malicious dwarves
who looted deposits of copper and silver and left behind them residues then considered
useless, known as kobolt or kobalt. Today cobalt is one of the key elements in our digital
technologies. Historically it was one of the pigments most used in the production of glazes for
ceramics. And like many other natural resources, it is obtained thanks to a system of exploitative
labour that we should examine.

The installation looks at the reality of an underground economy often hidden under the opaque
screen of a kind of techno-enthusiasm. Expanding plane by plane, the work reveal itself as a
progression into different levels of reading and understanding the technological object. From
its commercial appeal, the smooth surface of the screen; to the connected interface hiding its
innards, for which the entrails of the earth are excavated by a human workforce; to a kind of
mythical aura, the ontological green screen where pagan culture and technological culture
meet – the latter henceforth more a matter of creed and belief. It is these exacerbated affects
that link us to these objects: a sense of omni-connection without which our relationship to the
world now seems incomplete.