Exposition au Centre l’Écart à Rouyn-Noranda, Québec, 12 février au 5 avril.
Texte de Jean-Michel Quirion.
La surexploitation des ressources, l’essor des technologies, les systèmes spéculatifs et la marchandisation forgent les engrenages dominants de nos modes de vie consuméristes. Nous travaillons pour produire, produisons pour consommer, et consommons afin de justifier un travail toujours plus envahissant, pris dans un cycle excessif qui absorbe notre existence — jusque dans ses sphères les plus intimes. Que pouvons-nous faire, dans l’immédiat, pour freiner ces mécanismes persistants et invasifs ? Refuser l’éveil obligé. Somnoler. Outrepasser le jour. S’endormir. (Sur)vivre la nuit. Extraire les chimères du surréalisme. Devenir des êtres alchimiques. Se soustraire à la vacuité des surfaces écraniques. Dormir. Rêver. À jamais.
Le corpus La chambre virtuelle de l’artiste Dominique Sirois considère la métamorphose comme un pouvoir évocateur et émancipateur à la fois. Le projet convoque, dans une filiation surréaliste, l’alchimie et postule que la matière la plus vile recèle un potentiel inestimable : celui de transmuer un matériau quelconque en pierre précieuse. Il ne s’agit pas ici de tout soustraire entièrement au réel, mais d’en décanter une magie résiduelle transformatrice.
L’installation prend la forme d’une chambre de gestation créative, en résonance avec l’idée d’un espace de travail nécessaire aux femmes, telle que formulée dans Une chambre à soi (1929) de Virginia Woolf. Des parcelles de corps féminins en argile interagissent avec le mobilier-sculpture — rappelant aussi bien le laboratoire que le bureau — et mettent en parallèle la scientifique occulte et l’archétype de la créatrice, confrontées au formatage algorithmique de l’intelligence artificielle. En ce sens, l’artiste revendique l’héritage des femmes alchimistes, de Marie la Juive à Marie Meurdrac, figures d’un savoir expérimental longtemps maintenu en marge des récits décisifs du progrès. Ces dernières sont à l’image de tant d’autres voix occultées de l’Histoire, à l’instar des artistes surréalistes Leonora Carrington et Remedios Varo, véritables inspirations de Sirois dans ce projet.
À Rouyn-Noranda, ville d’extraction minière, La chambre virtuelle agit comme un contre-espace : un lieu bien à soi, où la matière ne sert plus à produire et à consommer, mais à repenser et à rêvasser la quête philosophale de Sirois.
Extrait de l’essai :
Le mobilier-sculpture agit, quant à lui, comme un repère visuel, une balise formelle à partir de laquelle se déploient des chaînes d’associations. Issus de l’univers administratif du tournant des années 2000, ces éléments de bureau deviennent des supports d’hybridation, valorisant des formes d’intégration instables et une déformabilité plurielle des corps, assimilés à des objets de science. Les extensions corporelles y demeurent perceptibles, mais jamais pleinement fonctionnelles.
Dominique Sirois remercie le Conseil des arts du Canada (CAC) ainsi que le Programme d’aide financière à la recherche et à la création (PAFARC) de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) pour leur soutien financier. L’artiste tient également à remercier Alexandre Bérubé, Élyse Brodeur-Magna, Marie-Michelle Deschamps, Geneviève Grenier, Véronique Lacroix, Julia Lamarche, Rachelle Marcoux, Jean-Michel Quirion et Alexandre Sirois.







